Torres del Paine

En voilà un gros challenge pour nous… Plus de 75km à parcourir en 5 jours, avec la réputation d’une météo capricieuse. Il paraît qu’on peut traverser les 4 saisons en une seule journée. C’est donc avec une certaine appréhension, mais aussi une certaine excitation qu’on part de Puerto Natales pour rejoindre le parc Torres del Paine.

Jour 1 : Pudeto – Glacier Grey (13km)

On débute notre journée avec un levé à 6h à Puerto natales. Notre auberge a été top. On a pu louer des bâtons et des duvets, Benji partira avec son gros sac bien rempli et moi mon petit sac plein à craquer de barres céréales et fruits secs (la peur du manque puisqu’on a réservé la pension complète pour les 5 jours).

On prend un bus direction le parc Torres del Paine, puis un catamaran, qu’on attendra plus d’une heure. Le trajet de 30 minutes est incroyable : on navigue sur le lac Pehoe, d’un bleu-vert intense, grâce au soleil. On en oublie presque qu’on vient de payer 30€ pour ce petit trajet sur l’eau… Ouch…

C’est à 13h qu’on démarre la randonnée. 11km à parcourir jusqu’au refuge Grey puis 2km supplementaires pour admirer le grand glacier Grey.

C’est parti ! En soi, le chemin bien balisé n’est pas très dur, un peu de dénivelé mais sans plus. Il fait frais et le vent parfois fort. Il va falloir s’y faire. On traverse de belles lagunes, des forêts sombres,  on aperçoit pendant un long moment le glacier Grey au loin. C’est magique, on se sent ailleurs, mais bon il faut souvent regarder où on met les pieds pour ne pas se fouler la cheville.
On est content d’avoir loué des bâtons, c’est d’une très bonne aide.

En arrivant au refuge on découvre un endroit chaleureux et notre dortoir est top. Sauf les douches, très tièdes, sûrement pour ne pas que les trekkeurs abusent de l’eau chaude (malin !!)

Mais pas le temps de respirer, on repart aussitôt pour le mirador du glacier Grey, pas très loin d’ici. Le temps est gris et triste, mais ça n’empêche pas d’apprécier le spectacle. Le glacier Grey fait jusqu’à 6km de large, c’est impressionnant de voir cette masse de glace blanche et bleue. A nos pieds, on peut voir de nombreux icebergs flotter.

On rentre ensuite au refuge pour se reposer. Le dîner est très bon, on discute avec nos nouveaux convives, en particulier David et Pai, un couple Germano-Thaï que l’on retrouvera tout au long du parcours. Certains à notre table ont fait l’activité kayak près du glacier (100$ pour 1h ! ça coûte un bras…)

On se couchera tôt, à 22h j’étais déjà dans les bras de Morphée. Demain la journée est plutôt courte, on peut se permettre un réveil à 8h, c’est parfait ! 10 heures de sommeil pour entamer une nouvelle journée de marche.

Jour 2 : Glacier Grey – Paine Grande (11km)

Ce matin je me sens bien, sauf que dehors il pleut, le ciel ne semble pas vouloir s’éclaircir.
Je fonce d’un pas décidé, je mène un bon rythme et c’est tant mieux. Circulez, y’a rien à voir ! Le glacier derrière nous est peu visible, le lac est grisâtre, et on est déjà passé par là la veille. Bref, c’est pas très beau alors c’est matinée sportive. On ne s’arrête que pour boire, on veut rejoindre le refuge pour y manger au sec.

Mission réussie 3h après notre top départ. On avait la possibilité de repartir pour un mirador sur le lac Pehoe, mais j’annonce à Benji mon souhait de ne plus rien faire de l’après-midi. De toute façon il pleut toujours. On dévore la lunch-box, ses chocolats et fruits secs. La nature ça creuse pas mal. Une petite sieste et un film feront suite à ce beau programme. On dîne tôt : 19h30. Demain il semble que nous allons faire la plus dure journée du trek avec 23km… Et de la pluie est prévue… Aïe ça va piquer !

Jour 3 : Paine Grande – Mirador Britanico – Refuge Los Cuernos (23km)

On se lève tôt, 7h, pour un petit-déjeuner bien consistant. On s’installe près de la fenêtre pour assister à un triste ballet. Tous les trekkeurs s’enveloppent dans des vêtements anti-pluie et seul leurs visages blasés sont visibles. Le ciel est chargé en eau, ça me déprime. On n’a pas le choix, ce soir on dort au camping Los Cuernos alors faut se bouger.

On décolle à 8h10, je commence déjà à ressentir le pantalon qui se mouille. 1h plus tard c’est juste horrible, je suis trempée, j’ai froid et je suis terriblement énervée de devoir faire cette randonnée sous un temps pareil.

Je suis plus que désagréable, je fonce d’un pas agité pour rejoindre le camping Italiano à 7,5km. On l’atteindra en 2h. Ensuite on se rend bien compte qu’on ne peut même pas s’y réchauffer, y’a rien à part des tentes et la loge du gardien. On laisse le gros sac de Benji contre la loge pour pouvoir monter léger.

La seconde étape est de monter au Mirador Britanico. On s’élance d’un bon pas, sauf que je pète un plomb 2 minutes après, avoir une fois de plus immergé mon pied dans une rivière. Je suis telle une gamine ne sachant pas gérer sa colère, et évidemment c’est Benji qui prend tout pleine face (le pauvre pour une fois il n’avait rien dit en plus).

Je lui dit clairement qu’il exagère, qu’il est trop têtu de monter la haut pour ne rien y voir. Mais en même temps on ne peut pas rester en bas, pourquoi faire ? En plus on est congelé.
Non l’horrible réalité c’est qu’on doit monter. Pas le choix. Benji fait une nouvelle fois preuve d’une patience exemplaire. Je suis horriblement désagréable, je crois que si j’avais à supporter quelqu’un comme moi à cet instant je l’aurais envoyé balader.

Bref on arrive au premier mirador, le mirador Frances. C’est vrai que c’est beau, on observe un glacier sur les hauteurs, et le lac en contre-bas. On n’est plus qu’à 1h du mirador Britanico, sauf que des chutes de grêles et le vent violent finissent d’achever mon moral. Je demande à Benji de redescendre. La descente est difficile non pas physiquement mais moralement, je ne supporte plus mes doigts congelés, mes pieds trempés, je craque comme une gosse, mon moral est excessivement bas. Benji armé de toute sa patience me laisse passer devant, je mettrai un temps fou à descendre et insulterai volontiers un Américain qui ne s’était pas gêné pour me pousser dans son élan d’athlète.

Bref, on arrive de nouveau au camping Italiano. Il est 13h, et la pluie ne s’est pas arrêtée une seule seconde. On s’installe sur des rondins de bois trempés pour déguster notre lunch box. Sacrément degueu le sandwich, on dirait qu’ils ont mis tous les restes du dîner de la veille. (une vraie journée de m****)

On repart directement vers notre camping Los Cuernos, 5km annoncés (bientôt la délivrance).
Sauf que sur le chemin la pluie commence enfin à cesser de tomber. Et qui l’aurait cru ? Quelques rayons de soleil apparaissent et la vue se dégage.

Le chemin est magnifique, vue sur un beau lac à la couleur bleu azur. Ma jauge du bonheur commence à remonter !! C’est fou, il y a 1h j’étais au plus mal et là je recommence à apprécier la vie (l’exagération c’est mon dada ^^)

On passera énormément de rivières donc encore une fois les pieds trempés mais ça ne gâchera rien au plaisir. On se posera même sur une magnifique plage de galets.

Arrivée dans notre camping on a presque séché (sauf les chaussures). On découvre notre tente dans laquelle on passera la nuit. Elle est grande et confortable. Je ne perds pas de temps et file sous la douche, et histoire le clore la fin de randonnée comme il se doit, l’eau sera glacée… Mais bon comme j’ai passé 5-6h congelée je n’en souffre pas tant que ça (à mon grand étonnement) mais ça fait ch*** quand même, 100$ la nuit en tente et la douche froide c’est pas l’extase.

En guise de remerciements pour son comportement exemplaire Benji aura quant à lui droit à une douche brûlante. (il le mérite je vous l’accorde)

Bref on passera la soirée autour d’un bon repas à discuter avec David et Pai, et on jouera au Yatzee jusqu’à 22h. On finira rapidement dans les bras de Morphée. On aura fait au total 18km tout de même.

Jour 4 : Refuge Los Cuernos – Refuge El Chileno (12km)

Aujourd’hui, journée presque tranquille, on décolle à 9h20, heureusement il ne pleut pas et le ciel se dégage un peu. Sauf qu’on n’est pas très motivé, ni l’un ni l’autre. Pour moi j’ai mal au genou gauche et pour Benji il souffre d’ampoules. On commence à en avoir marre de marcher autant. Heureusement, les rayons du soleil vont faire effet sur notre moral. Une bonne partie du chemin se trouve près du lac donc la vue est magnifique. On s’arrête régulièrement pour en profiter. Vers midi on se posera près d’un lac où on devorera notre lunch-box et pas mal de fruits secs et chocolats.  

On redémarre vers 13h20, 6km reste à parcourir, mais j’ai du carburant dans le sang, glucose et compagnie alors je mets les turbos. Benji m’annonce que c’est la première fois qu’ il arrive à être essoufflé en marchant derrière moi et qu’il est ravi.

On longera ensuite le Rio Ascencio jusqu’au refuge. Le vent est si fort qu’on s’envole presque !

On arrive à 14h45 au refuge. 1h30 au lieu des 2h30 indiquées, whaoou ! Ça blague pas ! Tellement d’énergie dépensée qu’on a de nouveau faim en arrivant. Perso j’explose encore quelques barres de fruits secs. Sauf qu’on va s’arrêter là et se reposer. Surtout, les consignes sont claires, à 19h on doit mettre les pieds sous la table pour le dîner. Ce soir-là, on fera la discussion avec une Allemande, une Singapourienne et 2 Américaines. Toujours aussi intéressant.

Jour 5 : L’ascension aux Torres del Paine

On devait y aller pour le lever du soleil mais finalement en apprenant la météo pluvieuse à l’aube, on renonce. C’est à 8h15 qu’on débute la rando, la première heure est facile, on entre dans la forêt. Ce n’est qu’après que les choses se corsent, on grimpe pas mal mais l’énergie et l’envie nous mènent au sommet plus vite que prévu (1h45 au lieu de 2h30). Tant mieux, là-haut le spectacle est magique, surtout sous un ciel radieux. Même si le vent est frais c’est génial. On croisera encore une fois Pai et David en haut avec qui on partagera ces instants uniques.

Après avoir profité une bonne heure on descend, c’est bien moins facile, la peur de me fouler la cheville me hante et me ralentit. 
Bref mieux vaut prendre son temps et arriver entier. On croise de nombreux trekkeurs du dimanche, avec chaussures, vêtements mal adaptés et surtout un magnifique make-up pour ces jeunes filles (faux cils, faux ongles). Traînés dans cette épreuve sûrement contre leur gré et suivant assidûment leur guide. 
On se dit qu’on a évité la foule et c’est tant mieux.

En arrivant au refuge on dévore notre lunch box et on fera le reste de la rando en compagnie de Pai et David.
C’est aussi l’occasion pour moi de m’entraîner à parler en Anglais. Pas facile mais je n’ai pas le choix.

Arrivés au terminal de bus on attendra un moment notre bus, malgré notre impatience de rentrer pour nous poser enfin… Ce n’est que tard le soir qu’on arrivera à Puerto Natales, histoire d’avoir une bonne nuit réparatrice. Quelle aventure ! On a réussi !

Bilan

Ce trek est accessible à un grand nombre d’entre nous. Il n’y a pas réellement de difficulté, quelques ascensions c’est vrai, mais rien d’insurmontable tant qu’on prend son temps. 
J’ai été vraiment surprise par la beauté des lieux, tous les chemins sont bien balisés et quand le temps n’est pas assassin (pluie et vent) tout est radieux. 
Je conseille donc à tout le monde de se lancer, ne pas avoir peur, finalement c’est loin d’être impossible. Bien sûr on a opté pour des nuits en refuges et la pension complète (un gouffre financier, je vous l’accorde), ce qui nous a permis de voyager léger. Je pense qu’avec des sacs de 15kg c’est bien moins marrant, sauf pour des trekkeurs habitués évidement.

Le gros point négatif (outre la météo), c’est la présence en grand nombre de touristes très très bruyants : les Ricains… On en avait mal au crâne parfois…

Bref, c’était le premier trek de 5 jours de notre vie, l’un des plus beau au monde. Ça nous a donné l’envie d’en refaire d’autres, en chier un peu pour voir de magnifiques panoramas est bien plus gratifiant. On a tout simplement adoré !

Claire

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